Le dispositif viticole de l’unité expérimentale de Pech Rouge – INRAE
Implantée au cœur du massif de la Clape, l’unité expérimentale de Pech Rouge constitue un site stratégique de recherche et d’innovation en viticulture. L’unité dispose d’un un dispositif viticole riche et varié : le domaine s’étend sur 170 hectares, dont 60 hectares de surface agricoles utiles (SAU) parmi lesquels 20 hectares de vignes expérimentales, dans un contexte paysager mêlant vignobles, pinèdes et garrigues.
Cette diversité environnementale, associée à deux itinéraires techniques (agriculture biologique et conventionnelle) et à trois grands ensembles pédoclimatiques, confère au site une forte valeur pour l’étude des interactions génotype × environnement × pratiques en conditions réelles.
En tant que plateforme d’expérimentation, le domaine est en constante évolution, avec un ajustement continu des variétés cultivées et des modes de conduite en fonction des objectifs de recherche.
Des parcelles expérimentales polyvalentes au service de l’innovation
Pech Rouge dispose d’environ 20 hectares de parcelles viticoles, représentant plus de 40 cépages. On y trouve :
- des cépages traditionnels de Vitis vinifera, en blanc et en rouge,
- des variétés tolérantes aux maladies (Bouquet, ResDur),
- des parcelles en mélanges variétaux
- des variétés pour jus de raisin
Selon les zones du domaine, ces dispositifs incluent également des variétés dites « internationales » ainsi que des conservatoires variétaux conduits en lien avec les acteurs régionaux.
Ces parcelles constituent un support d’expérimentation pour l’étude des pratiques culturales : enherbement, gestion de l’irrigation, apports de biochar, modalités de conduite, ou encore comparaison de systèmes biologiques et conventionnels. Elles permettent également de produire la matière première nécessaire aux travaux de recherche en œnologie.
Par ailleurs, une partie du foncier agricole est constituée de parcelles en repos, de friches ou de jachères, permettant l’implantation de futurs dispositifs expérimentaux.
Une diversité de sols et de contextes pédoclimatiques
Le vignoble est structuré en trois zones pédoclimatiques distinctes, présentant des caractéristiques complémentaires :
- Zone des Colombiers : sols argilo-calcaires développés sur marnes.
Située dans la partie la plus élevée du massif de la Clape, cette zone accueille des dispositifs agroécologiques combinant variétés résistantes et variétés traditionnelles, majoritairement conduits en agriculture biologique. - Zone de la Clape : sols argilo-calcaires développés sur calcaire dur (en alternance avec des marnes, à une altitude moyenne d’environ 70 mètres.
Elle accueille des parcelles expérimentales de variétés traditionnelles en situation d’AOP ainsi que des conservatoires variétaux gérés en lien avec la Chambre d’agriculture. Demain, cette zone accueillera également le CRB-Vigne de Vassal-Montpellier - Zone littorale : sols sableux à sablo-limoneux calcaires, au niveau de la mer.
Cette zone accueille des variétés internationales, des parcelles dédiées à la production de jus de raisin, ainsi que le dispositif expérimental de diversité génétique « Panel 279 ».
Un système d’irrigation par REUT innovant
Pech Rouge a développé un projet pionnier d’irrigation par eau usée traitée (projet Irri-Alt’Eau), aujourd’hui déployé sur 75 % du vignoble. Cette infrastructure fait du domaine un site pilote pour l’étude de la réutilisation des eaux en viticulture et pour l’évaluation de stratégies d’adaptation à la raréfaction de la ressource hydrique. Aujourd’hui, les objets d’étude autour de se dispositif tournent autour de l’acceptabilité sociale et économique de ces pratiques (projet Parade et SUDOE I-ReWater)
Un dispositif unique en ressources génétiques : le Panel 279
Le domaine accueille un dispositif majeur en ressources génétiques : le panel de diversité de Vitis vinifera, constitué de 279 génotypes représentatifs de la diversité génétique connue de l’espèce. Implanté dans la zone littorale, ce panel est issu d’un échantillonnage de la collection de Vassal et constitue un outil de référence pour l’étude du déterminisme génétique de caractères d’intérêt dans le contexte du changement climatique, s’appuyant sur des approches de génétique d’association (GWAS) et de phénotypage à haut débit. En sus des 279 variétés du panel, des variétés emblématiques nationales et internationales, des variétés ResDur et des espèces de Vitis ont été plantée au sein du panel, permettant la comparaison à des références connues.
Les travaux conduits actuellement portent notamment sur la résistance à la sécheresse, le potentiel œnologique des variétés et les déterminants de la phénologie.
Le panel 279, planté en 2021, est en tête d’un réseau international multi-site en cours de déploiement pour l’étude des interactions génotypes x environnement (GxE).. Aujourd’hui, le Panel 279 est implanté dans 10 pays européens, porté par l'UMR AGAP.
L’originalité du Panel 279 de l’UEPR, est qu’il est planté en 4 blocs (4 répétitions) avec la possibilité d’irriguer différentiellement les blocs 2 à 2, afin de mimer des conditions de précipitations différentes.
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Une ressource pour le déploiement des variétés Bouquet
Le programme public de création de variétés de vigne tolérantes aux principales maladies cryptogamiques, dites variétés INRAE « Bouquet », a été initié en 1974 par Alain Bouquet à l’INRA, devenu INRAE. Visionnaire à une époque dominée par la protection phytosanitaire chimique, ce programme reposait sur l’introgression de gènes de résistance issus de Muscadinia rotundifolia dans un fond génétique Vitis vinífera, au moyen de recroisements successifs visant à préserver la typicité viticole et œnologique. Les gènes majeurs Run1 (oïdium) et Rpv1 (mildiou), transmis conjointement, ont constitué le socle des premières générations de ces variétés.
Au-delà de l’objectif initial de réduction drastique de l’usage des fongicides, les variétés INRAE Bouquet ont servi de point de départ à plusieurs programmes de recherche et développement ciblés, intégrant des objectifs agronomiques, technologiques, environnementaux et sociétaux. L’Unité Expérimentale de Pech Rouge occupe, dans ce contexte, une place centrale pour l’évaluation à moyen et long terme de ces variétés en conditions méditerranéennes.
L’unité a notamment participé à des projets visant la production de jus de raisin de haute qualité, plus acides et moins sucrés, en lien avec les attentes des consommateurs et les besoins industriels. Dans ce cadre, trois variétés INRAE Bouquet ont été sélectionnées pour un usage dédié à la filière jus. Parallèlement, l’UE Pech Rouge a contribué à des programmes nationaux de R&D consacrés à la production de vins à faible teneur en alcool, en identifiant des génotypes présentant, à maturité, des niveaux de sucres naturellement modérés, tout en conservant un potentiel qualitatif élevé. Ces travaux ont donné lieu à des suivis agronomiques, physiologiques et œnologiques approfondis, ainsi qu’à des thèses de doctorat portant sur la stabilité phénotypique et la réponse aux contraintes climatiques, notamment la restriction hydrique.
L’UE Pech Rouge est également impliquée dans des dispositifs expérimentaux de grande échelle, tels que le système « Vitidurable », permettant d’évaluer simultanément le comportement agronomique, la réduction des intrants, la biodiversité fonctionnelle et la qualité des vins finis, y compris en vinification avec réduction ou absence de sulfites. Ces dispositifs contribuent à une approche intégrée, depuis la parcelle jusqu’au produit transformé, en conditions proches de la production.
Ces expérimentations alimentent directement les procédures de VATE (Valeur Agronomique, Technologique et Environnementale), étape clé avant l’inscription ou le classement définitif des variétés. Les cinq premières variétés INRAE Bouquet destinées à la production de vins ont ainsi été inscrites au Catalogue officiel des espèces et variétés de plantes cultivées en France (plants de vigne), marquant une étape structurante du programme et ouvrant la voie à une diffusion désormais plus large de ces variétés auprès des professionnels.
Aujourd’hui, les variétés INRAE Bouquet restent un matériel de référence, à la fois comme variétés candidates à l’inscription et comme géniteurs stratégiques pour le pyramidage de gènes de tolérance dans les programmes de sélection actuels, plaçant l’UE Pech Rouge au cœur de l’innovation variétale au service d’une viticulture durable.
L’engagement scientifique de l’unité dans le domaine des variétés tolérantes est également mis en perspective dans l’ouvrage Vignes tolérantes aux maladies fongiques (Éditions France Agricole, 2024), qui rassemble l’expertise des réseaux d’expérimentation français et des meilleurs spécialistes européens du sujet, soulignant ainsi la contribution de Pech Rouge à ce champ de connaissances.
Le phénotypage au cœur des développements
Le phénotypage est l’étude des caractéristiques visibles d’un organisme, càd de son phénotype. Le phénotype résulte de l’interaction entre ses gènes et son environnement. Le phénotypage, c’est donc un ensemble d’observations et de mesures sur un organisme, qui peut être réalisé en conditions contrôlées (ex : en serre) ou non contrôlées (en champ), par différents outils. Ces outils peuvent être manuels (observation, mesure manuelle) ou automatisés (comme des capteurs d’images montés sur un tracteur photographiant chaque vigne, principe de fonctionnement d’une phénomobile).
Le phénotypage constitue un axe fort de l’unité. Historiquement, le phénotypage a toujours été réalisé par des observations et mesures manuelles bas débit, il évolue aujourd’hui vers des approches à haut débit mobilisant des capteurs d’imagerie (ex: visible, infrarouge), des technologies LiDAR et des outils d’analyse d’images. Les données acquises sont traitées, notamment via des méthodes d’intelligence artificielle, afin d’extraire des traits d’intérêt tels que l’architecture de la plante, la vigueur ou l’état physiologique. Les méthodologies de phénotypage dit « bas débit » sont toujours employées et resteront capitales notamment pour la validation des méthodes haut-débit. Mais cette évolution vers le haut-débit est nécessaire pour permettre la caractérisation fine dans le cadre de dispositifs de ressources génétiques comme le Panel 279 comprenant un grand nombre d’individus à caractériser.
En effet, l’acquisition de données phénotypiques permet, une fois mise en lien avec les données génomiques des individus, permet de comprendre le déterminisme génétique d’un trait d’intérêt. Cela permet de comprendre l’adaptation des individus à leur environnement présent ou futur.
Le développement du phénotypage à haut débit est possible grâce à des programmes structurant comme l’infrastructure PHENOME-EMPHASIS.
Le transfert du Centre de Ressources Biologiques de la vigne
Le site de Pech Rouge est appelé à accueillir la collection ampélographique du Centre de Ressources Biologiques (CRB) de la Vigne Vassal-Montpellier. Ce transfert renforcera le rôle du domaine comme plateforme nationale de référence pour la conservation, la caractérisation et la valorisation des ressources génétiques de la vigne, en synergie avec les dispositifs expérimentaux existants.
Une équipe dédiée à l’expérimentation
L’unité s’appuie sur une équipe pluridisciplinaire composée de :
- cinq techniciens viticoles,
- un chef de culture,
- une technicienne d’expérimentation,
- trois ingénieurs de recherche.
L’unité développe des projets en interaction étroite avec les unités scientifiques, les partenaires institutionnels et les acteurs de la filière.